Sors du confort

Il y a une phrase que j’ai lue récemment, prononcée par une femme pasteur nigériane, consultante et enseignante respectée, et qui m’a arrêtée net :

« Les parents doivent apprendre à ne pas utiliser leurs propres succès pour tuer les rêves de leurs enfants à travers une ambition démesurée. »

Sur le moment, la phrase paraît paradoxale.
Mais plus on y pense, plus elle révèle une vérité inconfortable :
on peut aimer profondément ses enfants, vouloir les protéger sincèrement, et pourtant neutraliser leur capacité à poursuivre leur destinée.

PlayStation ? acheté.
Téléphone ? acheté.
Nouvelle tenue ? acheté.
Envie du moment ? servi.

À force, un truc s’installe dans l’enfant.
Pas dans ses mots. Dans sa tête. Dans ses réflexes.

Il grandit avec une idée silencieuse :
“Quand je veux, j’obtiens.”

Et plus tard, quand il devient adulte… il peut avoir un appel, un rêve, une vision… mais il n’a plus le muscle pour courir.

Cet article n’est pas une accusation.
C’est une invitation à relire nos histoires, nos éducations, nos pertes… autrement.

Le malentendu fondamental : protéger du manque ou protéger de la déformation ?

Beaucoup de parents chrétiens, surtout dans la diaspora, portent une blessure silencieuse :
ils ont connu la pauvreté, l’instabilité, la privation, parfois l’humiliation.

Quand Dieu les fait sortir de là, une promesse intérieure se forme :

« Mes enfants ne vivront jamais ce que j’ai vécu. »

L’intention est noble. Mais elle peut produire un glissement dangereux :
confondre la protection contre la souffrance avec la suppression de l’effort.

Or, bibliquement, Dieu n’a jamais promis l’absence d’effort.

On doit dire les choses clairement : dans la Bible, Dieu n’élève pas ses enfants dans le “tout gratuit”. Après la chute, Dieu dit à Adam :

“C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain.” (Genèse 3:19)

Ce verset, beaucoup le lisent comme une punition.
Mais il dit aussi quelque chose de très simple :
dans la vie réelle, on apprend à obtenir par l’effort.
La vie humaine est appelée à être active, responsable, engagée.

Paul est encore plus direct :

“Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus.” (2 Thessaloniciens 3:10)

Ce n’est pas pour humilier mais pour rappeler une loi de vie.

Même Proverbes insiste :

“La paresse plonge dans l’assoupissement, et l’âme nonchalante aura faim.” (Proverbes 19:15)

Soyons précis : personne ne parle d’apprendre la misère aux enfants.
On parle d’apprendre le lien entre effort et résultat.

Parce que si ce lien n’est pas appris tôt, après, c’est compliqué.

Un enfant qui ne “gagne” jamais ce qu’il reçoit devient souvent un adulte qui :

  • veut vite,

  • abandonne vite,

  • se décourage vite,

  • attend qu’on lui ouvre la porte,

  • confond faveur et dû.

Et ça, ce n’est pas un problème d’intelligence mais d’habitude.

La Bible le dit très simplement :

“Instruis l’enfant selon la voie qu’il doit suivre; et quand il sera vieux, il ne s’en détournera pas.” (Proverbes 22:6)

Ce que les neurosciences confirment discrètement

Les neurosciences modernes ne contredisent pas l’Écriture.
Elles la confirment souvent avec d’autres mots.

L’enfance est une période de création de connexions neuronales profondes.
Les habitudes répétées deviennent des autoroutes cognitives.

Un enfant qui apprend très tôt que :

  • tout désir est immédiatement satisfait,

  • l’effort est optionnel,

  • la récompense est déconnectée du travail,

ne développe pas seulement une mauvaise attitude.
Il structure son cerveau autour d’un modèle dangereux :
« Je reçois sans produire. »

Plus tard, adulte, il pourra :

  • avoir des rêves,

  • parler de vision,

  • prier sincèrement,

mais ne pas savoir courir après ce qu’il désire.

C’est pour ça que certains adultes ont une grande ambition, une grande vie prière, de grands projets… mais ils se cassent vite et blâment toujours le diable.

L’intendance : un principe spirituel oublié

La Bible est claire :
« Celui qui est fidèle dans les petites choses l’est aussi dans les grandes. » - (Luc 16:10)

L’enfant n’est pas trop petit pour apprendre l’intendance.
Au contraire.

Exemple tout bête :

Ton enfant veut une PlayStation.
Tu peux dire :

“Ok. Tu ne vas pas souffrir. Mais tu vas la gagner.”

Et tu donnes des responsabilités adaptées :

  • faire la vaisselle certains jours

  • ranger un espace

  • aider sur une tâche précise

  • couper l’herbe si vous avez un jardin

  • participer aux courses, à l’organisation

Et à la fin, tu associes une récompense claire, mesurée, régulière.

Ce que tu fais là, c’est énorme.
Tu apprends à l’enfant :

  • je m’engage → je reçois

  • je gère → on me confie plus

  • je suis constant → je progresse

Il découvre que :

  • le travail précède la récompense,

  • la gestion précède l’abondance,

  • la confiance se construit dans la durée.

Ce sont des principes spirituels avant d’être économiques.

Le piège spécifique de la classe moyenne

Voici une observation rarement dite, mais cruciale.

Les enfants issus de familles ni riches ni pauvres,
les familles dites “confortables”, portent souvent un risque particulier.

Ils ont :

  • une bonne éducation,

  • une stabilité relative,

  • un capital culturel solide,

mais aussi une zone de confort invisible.

La pauvreté extrême forge parfois la débrouillardise.
La richesse générationnelle transmet souvent des codes de discipline et de gestion.
Mais le confort intermédiaire peut anesthésier.

Le confort ne fait pas de bruit. Il ne fait pas mal. Il endort.

C’est pourquoi tant de trajectoires “cassées” commencent par une phrase semblable à :

« Nous allions bien… et puis quelque chose est arrivé. »

Quand Dieu rend le confort inconfortable

C’est ici que la lecture spirituelle devient décisive.

La frustration dosée, c’est aussi un entraînement.
C’est comme un sport : tu ne deviens pas fort en restant assis.

Dans de nombreuses trajectoires bibliques, Dieu ne commence pas par bénir l’individu.
Il commence par désorganiser l’environnement.

Et parfois… Dieu touche au confort des parents.

Pourquoi ?

Parce que le confort prématuré est parfois l’ennemi silencieux de l’appel.

Il exerce mes mains au combat, Et mes bras tendent l'arc d'airain.

Tu me donnes le bouclier de ton salut, Ta droite me soutient, Et je deviens grand par ta bonté.

Psaumes 18:35-36

Pour le parent

Ne donne pas tout. Donne le bon.
Donne l’amour. Donne l’écoute. Donne la stabilité.
Mais laisse aussi l’enfant apprendre à gagner.

Élever un enfant, ce n’est pas lui offrir le maximum de confort.
C’est lui transmettre les lois invisibles de la vie.

  • Le travail.

  • La responsabilité.

  • La gestion.

  • L’attente.

  • L’effort juste.

Parce que tu ne prépares pas un enfant pour aujourd’hui.
Tu le prépares pour le jour où tu ne seras pas là.

Et la Bible résume ça en une phrase :

“Je n’ai pas de plus grande joie que d’apprendre que mes enfants marchent dans la vérité.” (3 Jean 1:4)

“Marcher”, ce n’est pas être porté.

Dieu ne casse pas pour humilier. Il casse parfois pour restructurer la capacité.

En conclusion

Le confort n’est pas un péché. Mais il peut devenir un piège spirituel silencieux.

Et parfois, ce que nous avons appelé “échec” était en réalité la main de Dieu qui nous sortait d’un confort trop étroit pour notre appel.

Mini-pratique (très simple) pour parents et leaders

Si tu veux appliquer ça sans devenir dur :

  1. Une responsabilité claire (petite, répétée, réaliste)

  2. Une conséquence claire (si ce n’est pas fait, ce n’est pas fait)

  3. Une récompense claire (quand c’est bien fait, c’est reconnu)

  4. Une progression (plus l’enfant est fiable, plus tu lui confies)

  5. Une parole (tu expliques pourquoi : “je te prépare à la vie ou à la responsabilité future”)

✦ Pour aller plus loin

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Dans certaines situations de transition, le problème n’est ni le manque de foi, ni le manque de vision, ni même le manque de compétences. Le blocage se situe plus en amont, au niveau de la décision elle-même.

J’interviens parfois, de manière ponctuelle et confidentielle, auprès de dirigeants confrontés à ce type de blocage structurel.
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